L’aventure de l’urban sketching continue lors des séjours féminin-single à la Barma et il serait dommage de ne pas t’y retrouver. Après quelques villes des Hautes-Alpes, Briançon et Embrun, l’idée était de découvrir le site de l’Argentière-la-Bessée partagé entre résilience industrielle et reconnexion à la nature sauvage.

Peu de gens le savent, la cité alpine à réputation industrielle possède aussi sa voie verte, le long de la Durance, au départ du Quartz. Stéphane, ton Accompagnateur-artiste, saura bien sûr te faire l’historique du lieu qu’il connaît prou. Mieux, il t’en fera la sociologie secrète et les observations locales peuvent ici être de riches corrélations pour mieux comprendre l’évolution de phénomènes globaux. Premier constat ; l’accès à la voie de découverte n’est pas vraiment signalé, nous essayerons de savoir pourquoi.

Après l’ambiance nature des bords de Durance, la voie arrive dans l’urbex pur et dur et ce paradoxe fait tout le charme du lieu, surtout pour les férus d’urban-sketching et autres dessinateurs des rues. Le balisage – un marquage vert au sol – est judicieux. L’ambiance Enki Bilal n’est pas loin.

Une « rue du souvenir » te propose une série de panneaux avec photos d’époque légendées. Tu comprends vite que les derniers vestiges de feu l’usine d’aluminium Péchiney ne sont qu’une infime partie de ce qui fut un aménagement colossal. Pour tenter d’oublier la rupture brutale de la fermeture en 1985, des panneaux rajoutent des épisodes antérieurs comme les cueilleuses des adrets, les ardoisiers de la Salce, et – bien sûr – les mythiques mines d’argent du Fournel.

Enfin le centre ville et son fameux kiosque où, autrefois, des enfants s’amusaient à taper des pieds pour tester la résonnance du site… De fait, la mise en valeur d’un passé montagnard plus lointain, et d’un avenir tourné vers les grosses stations de ski voisines, a du mal à faire oublier l’heure de gloire industrielle et toutes les reconversions ratées. Il y aurait toute une histoire sociologique à faire ici sur quelques instituteurs de la communale géniaux, férus de méthode Freinet. Aujourd’hui, ce sont même des professeurs de collège qui – contrairement à leurs prédécesseurs peu enclins aux pédagogies qui libèrent de certaines classes sociales – te livreront l’analyse de nouvelles strates sociétales dont celle de la capitalisation en station. On comprend dès lors pourquoi, peut-être, la médiatisation de la voie verte et du souvenir n’a plus lieu d’être.

La séance sereine de dessin et croquis peut continuer ; urban-sketching & aquarelle à l’Argentière-la-Bessée. Loin des archives sonores de Pierres qui roulent, qui tentaient de faire oublier certaines compensations syndicales, loin du laboratoire d’une néo-société idéalisée, il te suffira juste de tendre l’oreille pour reconnaître le véritable verbe (accent) argentiérois dont le dictionnaire de Chabrand et Rochas d’Aiglun de 1877 disait déjà qu’il était haut et étourdissant. Verbe encore naturellement partagé par toutes les familles populaires et ethnies présentes ici jusqu’aux années 1990.


































