Tu le sais, Stéphane, l’Accompagnateur en montagne de la Barma en Queyras, est là pour te faire découvrir des sites exceptionnels. Tout a déjà été dit – ou presque – sur la fameuse « inscription latine des Escoyères » dont la meilleure vulgarisation reste celle de la monographie du Général Guillaume.

Les Escoyères, vu d’en bas, comment y monter ? Laissons la piste à quad – et ses 28 lacets – aux afficionados de « l’effet Clapeyto ou Valpreveyre », premiers sites propices ici à la restauration de cabanons de loisir plus ou moins luxueux. Les Escoyères n’échappent pas non plus aux tendances des sites ruraux réhabilités avec petit troupeau et maraîchage ; savoir s’en féliciter. Le lieu est tranquille et, même si le Tour officiel du Queyras y passe, le chemin du Queyron vers Furfande sillonne plus haut. Les randonneurs d’une nuit ne s’y arrêtent pas. Non, ton Accompagnateur te propose plutôt d’y accéder par une traversée secrète à travers le steppique durancien ; une virée parfois peuplée de chênes pubescents et lys orangés.

Une fois sur place, l’aventure ne fait que commencer. Entre les différents « quartiers », il est une chapelle à dénicher. Celle-ci possède des indices curieux même si les restaurateurs passionnés – toujours férus de plâtras couvrants – ont eu recours ici à des auvents qui masquent. Action subconsciente ? Nous allons en parler.

Une première pierre écrite est là, au-dessus de la porte. Le nouvel auvent est censé la protéger mais, de fait, elle ne s’affirme plus au passant. La monographie en livre la savante interprétation de 1878 et nous rappelle les différents remaniements du site selon trois époques ; XIIIe, XVIe et XIXe siècle. À quelle date faut-il attribuer le regrettable vandalisme qui a mutilé la précieuse inscription ? Ce qui importe, c’est surtout la preuve d’un poste romain en ces lieux au moins dès les premiers siècles de notre ère.

La deuxième inscription bénéficie heureusement encore d’une belle valorisation solaire. Nous nous trouvons face à un paradoxe ; le regrettable vandalisme n’empêche pas les inscriptions des Escoyères de « témoigner »… Autorisons-nous quelques hypothèses sur ce schisme destruction/ récupération.
– Une mise en scène – façon Pierre fiche de Ville-Vieille – est peu probable. Il est évident qu’une éventuelle consigne quant à la destruction de ces traces n’a pas été pleinement suivie…
– D’aucuns pourraient revendiquer là une possible adaptation catholique comme celle de Cernunnos, devenant Saint-Hubert, ou les archétypes archaïques sud-américains et africains tentant malgré tout de traverser les grilles et moules de leurs néo-limites religieuses. Cette souffrance papiste plaît… Mais non, ici point de délire païen ni hommage à l’usure de quelque Saint-Laurent martyr ; on parle bien d’une simple « pierre préfectorale ».
– Finalement, c’est l’idée d’un maçon isolé qui l’emporte. On ne lui a pas demandé de faire le deuil d’une culture ou d’une langue. On se fiche de savoir s’il la parlait ou pas, s’il en était. Non, il a juste osé – avec intuition et de façon singulière – placer à la vue de tous les dernières traces d’une pensée légitime précédente. C’est tout. Aujourd’hui, sans lui, la chapelle n’aurait qu’un intérêt mineur.