Pour son séjour d’automne 2026, à la Barma en Queyras, Nicole souhaitait découvrir le village pittoresque de Chianale dans le Val Varaita italien. Franchir encore une fois le col routier de l’Agnel , un des plus hauts d’Europe à 2743 m d’altitude, si possible gardé ouvert jusqu’à la foire d’automne de Guillestre pour que les transalpins puissent venir.

Pittoresque, c’est le mot, et il te faudra ensuite rejoindre le Musée de la Barma à Ristolas pour que Stéphane – ton Accompagnateur en montagne culturel préféré – te fasse sentir la différence par rapport à « l’authenticité » pourtant encore active ici jusque dans les années 2010.

Rien à redire, donc, sur ce village admirable, chouchou des secrétaires de tourisme et agences de loisirs. Toits de lauzes, restaurations patrimoniales idoines, cadre bucolique… très prisé juillet-août d’autant que, comme en France, l’été est ici propice à la résidence secondaire. Décor excellent pour photos et aquarelles de vacances. Ambiance montagne garantie ; oui, en cherchant bien, tu trouveras aussi tes éléments de déco « tête de cerf » préférés, valables désormais sur tout l’arc alpin (pour l’anecdote, nous avons d’ailleurs pu entendre, dans la forêt attenante, le brame du cerf ; le vrai…).

Mais nous sommes bien en automne, à quelques heures de la fermeture du col lorsque Chianale ne redeviendra qu’un fond de vallée alpine peuplé seulement de quelques dizaines d’habitants. Il n’y a déjà plus grand monde par les ruelles et la plupart des Trattorie sont chuise. Qu’est-ce que les murs de feu l’authentique La Chanal occitane, «Manse » de la Chastelada des Escartons, haut Val Varach depuis italianisé en Varaita, donnent alors encore à voir pour qui sait lire ?

Comme à Saint-Véran, les façades s’ornent ici désormais de grandes reproductions photographiques nous rappelant avec nostalgie tout un univers d’antan. Tu pourras noter la redondante signature d’un vieux photographe franciman du versant occidental mais, rassures-toi, le côté italien possède bien aussi ses paparazzi du cliché promo. C’est juste que depuis quelques années les financements européens n’opèrent que suite à des ententes transfrontalières. Si la sympathique liaison de contrebande a cédé la place à des accointances téléphonées de Bands of Brothers, c’est de bonne guerre.

Non, le plus important reste la légende de ces images qui nous sont montrées ; des phrases et dictons en « patois ». Là aussi, le connaisseur des Vallées pourra s’étonner. Ces écrits relèvent d’une curieuse phonétique, ponctuée de k et de w, alors que nous sommes au cœur de la Renaissance occitane. Pire, des mots sont parfois collés entre eux et il faut recourir à la traduction italienne rajoutée pour trouver le sens de la syntaxe. Quid d’Ozitania Viva, le légendaire média où cohabitaient les deux graphies officielles – Escòla do Pò e classica – d’un bel Occitan écrit ? On sait pourtant que de jeunes Universitaires mao des Vallées peuvent encore fournir du lourd Dictionnaire linguistique de 495 pages… Que le désespéré Ben Vautier racheta pas loin la maison du penseur François Fontan. Malgré cette dynamique du marché de l’Art international, l’héritage symbolique culturel serait-il ici en régression ? Le Commissariat européen aux financements Culture manquerait-il de Consulting ?

Mais non, laissons à d’autres la dérive des Normalisateurs de collectifs, l’acharnement archiviste de néo-propriétaires du patrimoine dit immatériel, ou – pire – le sortilège d’hussards bonapartistes des écoles ânonnant leur Qui semena de perilhons rabastare de perilhas… Terrible complexe implicite du démiurge égoïque à l’usure planifiée tacite.
Heureusement, pour qui sait lire donc, les phrases offertes sur les images plastifiées de La Chanal ne nous montrent pas tant la candeur d’« un qui ne sait pas » qu’une ultime volonté a nosta mòda d’auto-détermination locale. Un Son de Lenga, un Souffle initial qui parcourt encore les ruelles. Ce son est juste et, à l’instar des sonorités anglaises qui ponctuent de plus en plus l’Italien moderne, ou de ces historiens des années 80 qui ne comprenaient pas pourquoi les Vaudois du XVIe siècle préféraient parfois le Français à l’Occitan vernaculaire alors surutilisé, il nous transmet encore une réelle authenticité. L’heure des aquarelles de Nicole peut commencer.
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