Nous nous étions promis, pour le retour de Nicole en séjour single à la Barma en Queyras, de terminer la randonnée du canal de Rouchas Frach dans la vallée d’Agnel de Molines en Queyras.

L’idée, ici, n’est pas de courir pour exploser le rapport temps-distance de cette randonnée mais – selon la philosophie nature et découverte du B&B WWF Panda La Barma en Queyras – de comprendre le milieu traversé. Le premier tronçon s’était fait en une boucle Fongillarde – le Coin – Canal – Pont de Lariane – Fongillarde. La deuxième exploration de Rouchas Frach part elle du Pont de Lariane pour rejoindre le « départ » du canal, route du col Agnel. Retour inédit en boucle secrète, hors sentier pour bonne marcheuse, avec chevreuils au rendez-vous.

Très vite, des indices récurrents orientent plus la rando vers un aspect culturel que naturaliste malgré quelques « murs des oiseaux » judicieux. D’ailleurs, pour info, le site est propice à l’observation du circaète jean-le-blanc ( du « circa » si tu connais Marco ?).

Disons qu’ici le vestige pour le moins sec est d’abord prétexte à quelque digression sur l’élément Eau ; les amoureux de la poésie classique apprécieront. Stéphane, ton Accompagnateur spécialisé, pourra évoquer pour toi les ressorts sociaux de l’aménagement des sentiers d’interprétation et autre lieu dit culturel.

Localement la question est pourtant récurrente ; quel impact peut avoir une installation au sein d’un paysage à partager collectivement ? Le tout proche col Agnel bénéficie d’ailleurs d’un exemple antérieur, le fameux cube rouge chaulé du sculpteur contemporain Olivier de Sépibus. Cet intelligent Iceberg d’Olivier donne plus la part belle à notre imagination qu’à son imposition directe au paysage. Mieux, il s’inscrit dans la continuité du Sentier d’Art contemporain Grandeur Nature qui préconisait déjà, dès le Pont de Lariane, que les œuvres soient éphémères ou réalisées selon les usages du bâti traditionnel (attention, il ne s’agit pas des plâtras couvrants d’artisans labellisés). Le cube d’Olive, la pierre chaulée colorée, serait d’ailleurs inspiré de dossiers artistiques locaux que les organisateurs européens du SAN reçurent suite à leur appel à projets. Cela fait pour le moins « sens ».

Les agencements de Rouchas Frach – malgré les citations de Personnages du Queyras pour tenter de coller à l’histoire locale – semblent eux relever d’autres intentions. Aménagement propice à la « comémo» mais laquelle ? Pour d’aucuns, le site peut sembler étrange, mortuaire, voire ésotérique. Mais non, outre la réduction des quatre éléments à la triade terre-eau-lumière, ne t’attends pas à dénicher ici quelque pierre alchimique ; nous ne sommes pas au Chié de Borée.

Arrivé au départ du sentier, proche de la route du col, des statues étranges demeurent. Que t’inspirent elles ? Plus bas, une stèle commémorative évoquait déjà la disparition d’un général mort en reconnaissance automobile sur la première route du col. Ailleurs, en territoire Viso-Queyras, des plaques t’invitent aussi à conserver le souvenir d’alpinistes disparus en montagne voire de quelque incinéré. Tenter d’expliquer ce besoin tragique du désir d’une trace, à défaut d’une transmission livresque ou même d’un témoignage dématérialisé.

C’est bien l’Étude comparative qui pourra peut-être t’éclairer sur ces réalisations.
– Celle du Sentier Art & Nature initial, déjà évoqué, dont les œuvres pensées et discrètes n’empêchent pas de faire perdurer des interventions pédagogiques vivantes.
– Celle, enfin, de certaines vérités mimétiques ; concept clef du très catholique René Girard pour le moins paradoxal dans ces montagnes à priori aussi protestantes. Juste savoir que l’idée de création et résistance singulière, loin des collectifs œcuméniques, dans un beau rapport harmonieux à la nature, fut initialement prônée par les Vaudois d’Italie et les Réformés des Cévennes. À bientôt.